Le CAC 40 a inscrit un record historique à 8 620,93 points jeudi 26 février, porté par une saison de résultats annuels exceptionnelle, avant qu’un cocktail d’inflation américaine brûlante, de résultats NVIDIA en demi-teinte malgré des chiffres records, et de frappes militaires sur l’Iran le samedi 28 février ne viennent bouleverser la donne. La semaine du 23 au 27 février 2026 restera celle d’un sommet européen euphorique suivi d’un retournement brutal : le mois de février se solde par +5,59 % pour le CAC 40, mais le S&P 500 recule de -0,9 % sur le mois, et les cryptomonnaies plongent dans la zone de peur extrême. Pour les investisseurs particuliers français, les enjeux se multiplient : flat tax relevée à 31,4 %, Livret A abaissé à 1,5 %, SCPI à deux vitesses, et un monde où les droits de douane, la guerre et l’inflation dictent le tempo des marchés.
Le CAC 40 pulvérise ses records avant de temporiser
Le CAC 40 a clôturé la semaine à 8 580,75 points vendredi 27 février, en hausse de +0,77 % sur cinq séances. La séance du jeudi 26 février constituait le point d’orgue : l’indice parisien a franchi pour la première fois la barre des 8 600 points en séance (plus haut à 8 600,84), clôturant à un record absolu de 8 620,93 points, propulsé par un torrent de résultats annuels supérieurs aux attentes. Vendredi, un reflux de -0,47 % à 8 580,75 est intervenu sous l’effet des données d’inflation américaine (PPI) plus chaudes que prévu. Les volumes ont été soutenus : 7 547 M€ échangés vendredi (fin de mois et rééquilibrages d’indices) contre 4 260 M€ jeudi.
Sur le mois de février, le CAC 40 affiche une progression de +5,59 %, sa meilleure performance mensuelle depuis longtemps, et environ +6 % depuis le début de l’année. En comparaison, le DAX allemand évoluait autour de 25 165 points (+0,71 % mercredi), toujours en surperformance annuelle par rapport à Paris. Le STOXX Europe 600 s’est maintenu dans une fourchette de 616-622 points, avec une performance glissante sur 12 mois de +15,5 %. Le PMI composite de la zone euro est remonté à 51,9 en février (contre 51,3 en janvier), avec un retour du secteur manufacturier au-dessus du seuil d’expansion à 50,8, tandis que le PMI français restait à la traîne à 49,9.
La saison des résultats annuels 2025 a été le principal catalyseur. Engie a signé la meilleure performance du CAC 40 (+7,30 % à 29,55 €), dopé par des résultats supérieurs aux attentes et l’annonce de l’acquisition stratégique d’UK Power Networks pour 10,5 Md£, faisant du Royaume-Uni son deuxième marché. Schneider Electric a bondi de +5,64 % en séance jeudi après un chiffre d’affaires annuel record, porté par les centres de données et l’IA. AXA a publié un résultat opérationnel record de 8,4 Md€ (+6 %), Bouygues un bénéfice net de 1,1 Md€ (+7,6 %), et Saint-Gobain un free cash-flow record de 3 752 M€ avec un nouveau plan stratégique de 12 Md€. À l’inverse, Stellantis a enregistré une perte nette colossale de 22,3 Md€ — la deuxième plus grosse perte de l’histoire des entreprises françaises — avec 25,4 Md€ de charges exceptionnelles liées à l’abandon de projets de véhicules électriques et aucun dividende. Worldline a accusé une perte de ~5,2 Md€, Forvia de 2,1 Md€ (-7,95 % en Bourse), et Bonduelle a chuté de -12,55 % sur des perspectives 2026 jugées prudentes.
Wall Street déçue par l’inflation et le « sell the news » sur NVIDIA
Les indices américains ont terminé la semaine en territoire négatif. Le S&P 500 a clôturé vendredi 28 février à 6 878,88 points (-0,43 % hebdomadaire), le Dow Jones à 48 977,92 (-1,05 %, soit -521 points vendredi), et le Nasdaq Composite à 22 668,21 (-0,92 %). Sur le mois de février, le Nasdaq accuse un recul de -3,3 %, son pire mois depuis mars 2025, tandis que le Dow a réussi à grappiller +0,2 %, enchaînant un dixième mois consécutif de hausse. Le VIX est remonté au-dessus de 21 vendredi, signalant un retour de la nervosité.
Le principal événement de la semaine était la publication des résultats de NVIDIA (Q4 de l’exercice fiscal 2026, publié le 25 février après Bourse). Les chiffres sont spectaculaires : chiffre d’affaires de 68,1 Md$ (consensus 66,2 Md$, +2,9 % de surprise), BPA ajusté de 1,62 $ (consensus 1,53 $), marge brute de 75,2 %, et free cash-flow de ~35 Md$ (+124 % sur un an). Le chiffre d’affaires Data Center s’est élevé à 62,3 Md$. Pour le trimestre suivant (Q1 FY2027), le groupe a guidé 78 Md$ de revenus, soit 5,4 Md$ au-dessus du consensus — un écart massif. Jensen Huang a déclaré que « le point d’inflexion de l’IA agentique est arrivé ». Malgré ces chiffres records, le titre a chuté de ~5,5 % le lendemain dans un classique sell the news, les investisseurs jugeant que les marges ne s’élargissaient pas suffisamment et que la valorisation intégrait déjà la perfection.
Salesforce a également publié (25 février) : CA de 11,2 Md$ (+12 %), BPA ajusté de 3,81 $ (battant largement le consensus de 3,04 $), et rachat d’actions de 50 Md$, mais le titre a reculé de ~5 % après Bourse sur des perspectives de croissance organique jugées trop prudentes. Block (ex-Square) a annoncé la suppression de ~4 000 emplois (près de la moitié de ses effectifs), attribuée à l’automatisation par l’IA, propulsant le titre de +24 % mais alimentant les craintes sur l’impact déflationniste de l’IA dans le secteur des services. Cette narration de « disruption IA » a pesé lourdement sur les valeurs logicielles : l’ETF iShares Expanded Tech-Software (IGV) a perdu ~10 % en février.
Côté données macroéconomiques, le PPI (indice des prix à la production) de janvier, publié vendredi 27, a constitué le principal choc : +0,5 % mensuel (consensus +0,3 %) en headline, et surtout +0,8 % en core (consensus +0,3 %), la plus forte hausse des services depuis juillet 2025. Ce signal inflationniste brûlant a déclenché la vente de vendredi. La confiance des consommateurs (Conference Board) s’est améliorée à 91,2 (consensus 87,4), mais l’indice des anticipations reste sous 80 depuis 13 mois — un seuil historiquement associé au risque de récession. Les inscriptions au chômage sont restées basses à 212 000, confirmant la résilience du marché de l’emploi. Les commandes de biens durables de janvier ont été reportées au 13 mars en raison du shutdown gouvernemental.
Politique monétaire : des banques centrales en mode pause, des taux obligataires en détente
Aucune réunion de la Fed ni de la BCE n’était prévue cette semaine. Le taux directeur de la Fed reste à 3,50-3,75 % depuis janvier, avec deux dissidents (Waller, Miran) favorables à une baisse de 25 pb. Le marché n’accorde quasiment aucune probabilité de baisse en mars (96,6 % de statu quo selon le CME FedWatch), et 57 % de probabilité d’une première baisse en juin seulement. Les données de PPI brûlantes de vendredi ont encore repoussé les anticipations.
La BCE maintient son taux de dépôt à 2,00 % (taux de refinancement : 2,15 %) depuis juin 2025, après cinq maintiens consécutifs. Christine Lagarde, lors de son audition devant le Parlement européen le 26 février, a rappelé que l’inflation était redescendue de 10,6 % à 1,7 % en janvier et que la BCE restait « dépendante des données, réunion par réunion ». Environ 85 % des économistes sondés par Reuters anticipent un maintien des taux jusqu’à fin 2026, la Deutsche Bank envisageant une première hausse mi-2027.
Les rendements obligataires ont connu une détente notable en février. Le Treasury US 10 ans a terminé la semaine à 3,96-3,97 %, repassant sous les 4 % — en baisse de 29,5 pb sur le mois, un mouvement remarquable qui reflète les craintes de ralentissement malgré l’inflation persistante (dynamique de « stagflation »). Le Bund allemand 10 ans s’établit à 2,65 % (-15 pb sur février), et l’OAT France 10 ans à ~3,25 % — son plus bas depuis juillet 2025, soutenue par l’adoption du budget 2026. Le spread OAT-Bund s’est resserré à ~60 points de base, un signal positif pour la France.
Sur le marché des changes, l’EUR/USD a évolué dans une fourchette étroite autour de 1,1795, soutenu par la moyenne mobile 50 jours à 1,1768, sans direction claire. Le Dollar Index (DXY) oscillait autour de 97,0-97,3, structurellement faible après avoir touché un plus bas de 52 semaines à 95,55 le 27 janvier. La situation allait changer radicalement le week-end suivant avec les frappes sur l’Iran, propulsant le DXY au-dessus de 98,70 dès le lundi.
Cryptomonnaies : peur extrême et volatilité sur fond de tensions géopolitiques
Le marché crypto a traversé une semaine de haute tension. Le Bitcoin a ouvert la semaine autour de 68 000 $, a chuté sous 63 000 $ lundi 24 après l’annonce des tarifs douaniers de 15 % par Trump, puis s’est redressé vers 68 500 $ jeudi grâce à des flux entrants sur les ETF, avant de replonger à 62 000 $ dans la nuit de vendredi à samedi sur les frappes en Iran, pour finalement rebondir vers ~68 000 $ en fin de week-end à l’annonce de la mort de Khamenei (le marché anticipant une non-escalade). La variation hebdomadaire s’établit à environ -2,8 %. Sur le mois de février, le BTC accuse une baisse de -14 à -17,5 %, cumulant cinq mois consécutifs de recul — la pire série depuis 2018. Depuis son sommet historique d’octobre 2025 (~125 000 $), le Bitcoin a perdu environ 48 %.
L’Ethereum a souffert davantage, terminant la semaine dans une fourchette de 1 837-1 903 $ (-6 % hebdomadaire, -22 % mensuel). Solana a chuté à ~88-91 $ (-6,7 % vendredi, -31 % sur le mois), avec des volumes DEX en baisse de 62 %. XRP a reculé plus modestement à ~1,29-1,42 $ (-4 % hebdomadaire). Le Fear & Greed Index crypto stagne à 14-16, en zone de peur extrême, le plus bas YTD ayant touché 5.
Les flux vers les ETF Bitcoin spot ont montré un retournement notable en fin de semaine : après des sorties nettes de ~206 M$ en février et cinq semaines consécutives de décollecte, 1,1 Md$ d’entrées nettes ont été enregistrés en trois jours (25-27 février), dont 254,4 M$ le seul 26 février (dont 275,8 M$ pour iShares IBIT). Les ETF détiennent désormais ~1,29 million de BTC (~6,5 % de l’offre en circulation). Les ETF Ethereum ont subi des sorties nettes de ~369 M$ en février, mais ont aussi inversé la tendance en fin de mois (+80,46 M$ la dernière semaine). Les ETF XRP ont collecté ~58 M$ en février, portant le cumul à plus de 1,3 Md$.
Côté réglementation, la SEC a poursuivi sa démarche d’ouverture : exemption pour le fonds tokenisé WisdomTree (trading 24/7 à 1 $/part), approbation conditionnelle de la charte bancaire nationale de Crypto.com, et mise en œuvre de la GENIUS Act (première loi fédérale sur les stablecoins). La Fed a proposé d’éliminer le « risque réputationnel » de la supervision bancaire — un signal significatif pour l’industrie crypto. En Europe, la Pologne a de nouveau opposé son veto à la transposition de MiCA, qualifiant le texte de trop complexe.
L’or s’envole, le pétrole attend le choc iranien
L’or a été la grande star de la semaine. Le cours spot a atteint 5 274,64 $/oz samedi 28 février, en hausse d’environ +5 % sur la semaine, propulsé par les frappes sur l’Iran qui ont déclenché une ruée vers les valeurs refuges. En séance, l’once a touché 5 299 $. Les ETF or ont absorbé 5,3 Md$ (+26 tonnes) en février selon le World Gold Council. La performance annuelle approche +20 %, l’or restant environ 300 $ sous son record de janvier 2026 (~5 600 $). L’argent a surperformé avec un bond de +6,07 % à 93,83 $/oz le 28 février, porté par son bêta plus élevé et la demande industrielle (panneaux solaires, 5G).
Le pétrole a évolué calmement pendant la semaine de cotation avant d’exploser le week-end. Le Brent a clôturé vendredi 27 à 71,32 $/baril (-1,97 % hebdomadaire), dans un contexte de surplus anticipé par l’AIE et de stocks américains en hausse de 16 millions de barils. Le WTI a terminé à 67,02 $/baril (+0,9 %). Tout a changé samedi : les frappes sur l’Iran ont provoqué une fermeture effective du détroit d’Ormuz (20 % du pétrole mondial), propulsant le Brent à 77,24 $ le lundi, puis au-dessus de 88 $ en fin de première semaine de mars. L’OPEP+, réuni en urgence le 1er mars, a décidé de reprendre la hausse de production à hauteur de 206 000 barils/jour, au-dessus des 137 000 prévus, en réponse à la crise.
Le cuivre est resté stable autour de 5,85 $/lb (~12 951 $/tonne LME en moyenne mensuelle), consolidant près de ses records historiques, soutenu par la transition énergétique et la demande des centres de données IA. Goldman Sachs a relevé sa prévision pour le premier semestre 2026 à 12 750 $/tonne.
SCPI, immobilier et fiscalité : un nouveau paysage pour l’épargnant français
Le bilan SCPI 2025 publié par l’ASPIM-IEIF confirme un marché à deux vitesses. Le taux de distribution moyen atteint 4,91 % (contre 4,72 % en 2024), avec des performances exceptionnelles pour les SCPI de nouvelle génération : Wemo One à 15,27 %, Reason à 12,90 %, Iroko Atlas à 9,41 %. 43 SCPI dépassent 6 % (contre 25 en 2024). La collecte nette 2025 atteint 4,56 Md€ (+29 %), mais reste très concentrée : cinq sociétés de gestion captent ~75 % des flux (Corum AM, Arkéa REIM, Iroko, Alderan, Atland Voisin). En revanche, 50 % des SCPI ont réduit leur dividende, les parts en attente de retrait atteignent 2,8 Md€ (3 % de la capitalisation), et les SCPI de bureaux traditionnelles souffrent — Primopierre affiche une dévalorisation cumulée de -44,71 % depuis 2023.
Sur le marché immobilier résidentiel, les transactions 2025 atteignent ~940 000 (+11 % après le creux de 2024), avec une prévision FNAIM de 960 000-980 000 pour 2026. Les prix augmentent modestement : +0,7 % sur un an en moyenne nationale, Paris à ~9 680 €/m² (+1,8 à +2,9 %). Les taux de crédit se sont légèrement tendus : 3,27 % en moyenne sur 20 ans en février (meilleurs dossiers à 3,05 %), 3,39 % sur 25 ans. L’Observatoire Crédit Logement/CSA note une hausse de +5 pb sur le mois, mais l’OAT 10 ans en détente (~3,25 %) pourrait limiter la remontée.
La loi de finances 2026, adoptée par 49.3 et validée par le Conseil constitutionnel le 19 février, modifie significativement le paysage fiscal :
- Flat tax (PFU) relevée de 30 % à 31,4 % (CSG sur revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %), applicable aux plus-values mobilières dès 2025
- PEA : prélèvements sociaux après 5 ans passent de 17,2 % à 18,6 %
- Assurance-vie : explicitement exclue de la hausse, reste à 17,2 % de PS — un avantage compétitif renforcé
- Livret A : abaissé à 1,5 % depuis le 1er février (LEP à 2,5 %), toujours supérieur à l’inflation (0,8 %)
- PER : plafond de report étendu de 3 à 5 ans (mesure favorable), mais PFU à 31,4 % sur les plus-values en sortie capital
- Réforme des retraites : gel de l’âge légal à 62 ans et 9 mois jusqu’en janvier 2028 ; revalorisation des pensions de +0,9 %
Le nouveau dispositif Jeanbrun (successeur du Pinel) a été intégré au budget : amortissement fiscal de 3,5 à 5,5 %/an sur les logements collectifs, sans zonage géographique, pour une durée d’engagement de 9 ans minimum, applicable aux acquisitions 2026-2028.
Géopolitique : la Cour suprême, Trump et la guerre qui change tout
La semaine a été dominée par trois chocs géopolitiques majeurs. Le 20 février, la Cour suprême des États-Unis a invalidé, par 6 voix contre 3, l’utilisation de l’IEEPA pour imposer des droits de douane, déclarant inconstitutionnels les tarifs « réciproques » de 10 à 145 % collectés depuis 2025 — un montant estimé entre 130 et 175 Md$ désormais potentiellement remboursable. Trump a immédiatement répliqué en invoquant la Section 122 du Trade Act de 1974, imposant un tarif global de 10 % dès le 24 février, relevé à 15 % le lendemain — le maximum légal pour 150 jours (expiration le 24 juillet). Les tarifs Section 232 (25-50 % sur acier, aluminium, automobiles, semi-conducteurs) restent pleinement en vigueur. Le taux effectif total sur la Chine s’établit désormais autour de 35 % (Section 301 + Section 122 + Section 232).
Sur l’Ukraine, les pourparlers bilatéraux de Genève du 26 février entre Rustem Umerov et les envoyés américains Witkoff et Kushner (~6 heures de négociations) ont porté sur la reconstruction et les garanties de sécurité. La présence du vice-président de BlackRock, Philipp Hildebrand, suggère des discussions sur l’investissement post-conflit. Budanov (chef du bureau de Zelenskyy) a indiqué le 28 février que la Russie aurait accepté les garanties de sécurité américaines — un développement significatif, tempéré par le bombardement massif russe du 26 février (420 drones et 39 missiles) et l’exigence de Moscou de conserver l’intégralité du Donbas.
L’événement le plus lourd de conséquences s’est produit samedi 28 février : les États-Unis et Israël ont lancé des frappes conjointes sur l’Iran (« Operation Epic Fury »), ciblant des sites militaires et gouvernementaux à Téhéran, Ispahan et ailleurs. Le Guide suprême Ali Khamenei a été tué. L’Iran a riposté par des missiles contre Israël et les bases américaines dans le Golfe, entraînant une fermeture effective du détroit d’Ormuz. Cet événement — le plus grave au Moyen-Orient depuis l’invasion de l’Irak en 2003 — allait dominer la semaine suivante : Brent en route vers 90 $, Dow en chute de 1 200 points intraday le 3 mars, envolée de l’or et du dollar.
Chine et émergents : des signaux mitigés avant le grand rendez-vous du NPC
Les PMI chinois de février ont livré des signaux contradictoires. Le PMI manufacturier officiel (NBS) est tombé à 49,0 (contre 49,3 en janvier), en zone de contraction pour le deuxième mois consécutif, pénalisé par le congé prolongé du Nouvel An lunaire (9 jours, le plus long jamais enregistré). Les nouvelles commandes à l’export ont chuté à 45,0 (contre 47,8), reflétant la faiblesse persistante de la demande extérieure et l’impact des tarifs américains. En revanche, le PMI Caixin (orienté PME et secteur privé) a bondi à 52,1 — son plus haut depuis décembre 2020 — avec les commandes export les plus fortes depuis septembre 2020.
L’Assemblée nationale populaire (NPC) s’est ouverte les 4-5 mars. Le Premier ministre Li Qiang a fixé un objectif de croissance de 4,5-5 % pour 2026 (en léger recul par rapport au ~5 % de 2025), un déficit budgétaire de ~4 % du PIB, et un budget de défense en hausse de 7 %. Le 15ème Plan quinquennal (2026-2030) met l’accent sur l’autosuffisance technologique, les « nouvelles forces productives » (aérospatiale commerciale, économie de basse altitude, biomédecine, quantique, 6G), et la stimulation de la consommation intérieure. Le FMI prévoit une croissance chinoise de 4,5 % en 2026.
Les marchés émergents ont globalement surperformé les États-Unis en ce début 2026, bénéficiant de la rotation sectorielle hors des mega-caps américaines. Le Hang Seng évoluait autour de 26 000-27 000, après un gain de 28 % en 2025. Toutefois, les frappes sur l’Iran du 28 février ont provoqué un choc majeur pour les économies asiatiques importatrices de pétrole (75 % des exportations pétrolières du Moyen-Orient vont en Asie), avec des ventes massives à Séoul dès le lundi suivant.
Ce qu’il faut retenir pour investir
Cette semaine charnière marque la fin d’un cycle haussier européen et l’entrée dans une phase d’incertitude radicale. Cinq enseignements clés se dégagent pour les investisseurs particuliers français.
Premièrement, la surperformance européenne est réelle mais fragile : le CAC 40 gagne 6 % YTD contre un S&P 500 quasi flat, porté par des résultats solides et des valorisations moins tendues, mais la guerre en Iran menace directement l’économie européenne via le prix de l’énergie. Deuxièmement, l’assurance-vie sort renforcée du nouveau cadre fiscal (exclue de la hausse de CSG à 18,6 %) face au PEA et au compte-titres désormais taxés à 31,4 % — un arbitrage à intégrer dans toute stratégie patrimoniale. Troisièmement, les SCPI de nouvelle génération (diversifiées, internationales, sans dette héritée) continuent de délivrer des rendements attractifs à 7-15 %, mais la prudence s’impose sur les SCPI de bureaux traditionnelles dont la liquidité reste problématique. Quatrièmement, les cryptomonnaies traversent leur pire phase depuis 2022 (-48 % depuis le sommet d’octobre 2025 pour le Bitcoin), mais les flux ETF de fin de semaine et la restructuration réglementaire américaine (SEC, OCC, Fed) préparent le terrain d’un éventuel rebond. Enfin, la stagflation — croissance US en décélération (PIB +1,4 % au T4 2025) combinée à une inflation persistante (core PPI +3,6 %, PCE core à 3 %) — constitue le scénario de risque dominant, rendant la diversification géographique et sectorielle plus essentielle que jamais.
| Indicateur | Niveau fin de semaine | Variation hebdo |
|---|---|---|
| CAC 40 | 8 580,75 pts | +0,77 % |
| S&P 500 | 6 878,88 pts | -0,43 % |
| Nasdaq | 22 668,21 pts | -0,92 % |
| EUR/USD | ~1,1795 | Stable |
| Or (spot) | 5 274 $/oz | ~+5 % |
| Brent | 71,32 $/bbl | -1,97 % |
| Bitcoin | ~68 000 $ | -2,8 % |
| US Treasury 10 ans | 3,96 % | -29 pb (mois) |
| OAT France 10 ans | ~3,25 % | En détente |
| Spread OAT-Bund | ~60 pb | Resserrement |
| Taux crédit immo 20 ans | 3,27 % | +5 pb (mois) |
| Livret A | 1,50 % | Depuis 1/02 |
| TD moyen SCPI 2025 | 4,91 % | +19 pb vs 2024 |

