La semaine du 26 janvier au 1er février 2026 restera marquée par une volatilité exceptionnelle sur l’ensemble des classes d’actifs. Le CAC 40 a cédé 0,20% sous le poids des résultats décevants de LVMH, tandis que Wall Street a brièvement franchi le seuil historique des 7 000 points avant de reculer. La Réserve fédérale américaine a maintenu ses taux, la BCE a surpris avec une baisse, et les cryptomonnaies ont connu un violent décrochage. Côté épargne réglementée, le Livret A est officiellement passé à 1,5% au 1er février.
Le CAC 40 plombé par la chute de LVMH après des résultats décevants
L’indice parisien a clôturé la semaine à 8 126,53 points vendredi 30 janvier, en recul de 0,20% sur cinq séances. La séance du mercredi 28 janvier a été particulièrement difficile avec une chute de 1,06% — pire performance quotidienne de la semaine — directement imputable à l’effondrement du géant du luxe LVMH.
Les résultats annuels 2025 de LVMH, publiés le 27 janvier, ont douché les espoirs des investisseurs. Le groupe de Bernard Arnault affiche un chiffre d’affaires de 80,8 milliards d’euros, en repli de 5% en données publiées et de 1% en organique. Le bénéfice net recule de 13% à 10,9 milliards d’euros, tandis que la marge opérationnelle s’érode à 22% contre 23% en 2024. La division Mode & Maroquinerie, locomotive historique du groupe, accuse un repli organique de 5% malgré une marge exceptionnelle de 35%.
Bernard Arnault n’a pas mâché ses mots lors de la conférence aux analystes : « 2026 ne va pas être très simple non plus », évoquant les incertitudes géopolitiques et une politique fiscale française « plutôt contre les entreprises ». Le titre a chuté de 7 à 8% le 28 janvier, entraînant dans son sillage Kering (-5,10%) et Hermès (-2,44%). L’indice STOXX Europe Luxury 10 affiche désormais une contre-performance de 10,12% depuis le début de l’année.
À contre-courant du luxe, le secteur de la défense continue de briller. Thales affiche une progression de 16% depuis janvier après une année 2025 déjà exceptionnelle (+66%). Morgan Stanley a revalorisé l’ensemble du secteur (Airbus, Dassault Aviation, Thales, Safran) le 28 janvier, tandis que Jefferies identifie Thales et Dassault comme « potentiels gagnants clés » du cycle actuel. Les valeurs bancaires restent bien orientées après une année 2025 remarquable — Société Générale a bondi de 153% sur l’exercice — soutenues par plusieurs relèvements d’objectifs de cours de la part de UBS, Goldman Sachs et Barclays.
Parmi les autres publications, STMicroelectronics a dévoilé des résultats mitigés : un chiffre d’affaires trimestriel de 3,33 milliards de dollars (+0,2%), mais une perte nette de 30 millions de dollars après charges de restructuration. Le titre a reculé de 3,4%. À l’inverse, Alten a créé la surprise avec une décroissance organique moins sévère qu’anticipé, propulsant l’action de 16% — meilleure performance du SBF 120 de la semaine.
Wall Street franchit brièvement les 7 000 points avant de corriger
Les marchés américains ont vécu une semaine en deux temps. Mercredi 28 janvier, le S&P 500 a franchi pour la première fois de son histoire le cap symbolique des 7 000 points en séance, atteignant un record de 7 002,28 points. Mais l’euphorie a été de courte durée : l’indice a clôturé la semaine à 6 940,01 points, en recul de 0,36%. Le Dow Jones a cédé 0,53% à 49 359 points, tandis que le Nasdaq a mieux résisté avec un repli limité à 0,06% pour terminer à 23 515 points.
La saison des résultats des géants technologiques a créé des mouvements spectaculaires. Microsoft a publié des chiffres solides — chiffre d’affaires de 81,27 milliards de dollars (+17%), bénéfice par action de 4,14 dollars (+24%) — mais c’est la légère décélération de la croissance d’Azure (de 40% à 39%) et les investissements massifs en intelligence artificielle (37,5 milliards de dollars de CapEx, +66%) qui ont inquiété. Le titre a plongé de 10% le 29 janvier, sa pire séance depuis mars 2020.
Meta a offert un contraste saisissant avec des résultats trimestriels dépassant largement les attentes : chiffre d’affaires de 59,89 milliards de dollars (+24%), 3,58 milliards d’utilisateurs quotidiens actifs. Mark Zuckerberg a annoncé un investissement colossal de 115 à 135 milliards de dollars en 2026 pour l’infrastructure IA. L’action a bondi de 9%.
Apple a également surpris favorablement avec un chiffre d’affaires record de 143,76 milliards de dollars (+23%), porté par une demande qualifiée de « stupéfiante » par Tim Cook pour l’iPhone 17. Tesla a présenté des résultats contrastés : livraisons en baisse de 8,6% sur l’année à 1,64 million de véhicules, mais Elon Musk a annoncé l’arrêt de la production des Model S et X au deuxième trimestre 2026 pour se concentrer sur le Cybercab et les robotaxis.
La Fed temporise, la BCE surprend avec une baisse de taux
La réunion du FOMC des 28-29 janvier s’est conclue sans surprise par un maintien des taux directeurs dans la fourchette 3,50%-3,75%. Cette pause marque une inflexion après trois baisses consécutives de 25 points de base fin 2025. Le vote n’a toutefois pas été unanime : deux membres — Stephen Miran et Christopher Waller — se sont prononcés pour une baisse supplémentaire.
Jerome Powell a souligné lors de sa conférence de presse que l’économie américaine « entre en 2026 sur des bases solides », qualifiant le niveau actuel des taux de « loosely neutral » (approximativement neutre). Le président de la Fed a réaffirmé l’indépendance de l’institution face aux pressions politiques, rappelant que cette autonomie « a bien servi les peuples » des économies avancées.
Les marchés anticipent désormais au maximum deux baisses de taux en 2026, probablement en juin et septembre selon Goldman Sachs et Nomura. Le mandat de Powell s’achève en mai 2026 ; le président Trump a nommé Kevin Warsh pour lui succéder le 30 janvier, une désignation perçue comme plus restrictive qui a contribué à la correction des marchés en fin de semaine.
La Banque centrale européenne a créé la surprise le 30 janvier en abaissant ses taux de 25 points de base, portant le taux de dépôt à 2,75%. Christine Lagarde avait réaffirmé mi-janvier son soutien à l’indépendance de la Fed, déclarant une « solidarité totale » avec Jerome Powell face aux pressions politiques américaines.
Sur le marché obligataire, le rendement du Treasury américain à 10 ans oscille autour de 4,24-4,26%, stable sur la semaine. En Europe, l’OAT française à 10 ans est descendue à 3,40-3,45%, son plus bas niveau depuis fin novembre, soutenue par l’adoption du budget 2026. Le spread France-Allemagne s’est contracté à environ 55-60 points de base, signe d’un apaisement des inquiétudes sur la trajectoire budgétaire française.
Le Bitcoin chute de 12%, les ETF enregistrent des sorties massives
La semaine a été désastreuse pour les cryptomonnaies. Le Bitcoin a décroché de 10 à 12%, passant d’environ 88 000 dollars le 26 janvier à une zone de 78 000-80 000 dollars en fin de semaine, après avoir touché un plus bas à 75 993 dollars le 31 janvier. L’Ethereum a subi des pertes encore plus sévères, chutant de 20 à 25% pour revenir autour de 2 300-2 400 dollars. Solana a cédé environ 15% à 105 dollars, tandis que XRP a perdu 7 à 15% pour s’établir vers 1,54-1,66 dollar.
Les ETF Bitcoin spot américains ont enregistré des sorties massives : 817,9 millions de dollars le 29 janvier (plus forte sortie depuis novembre 2025), suivis de 509,7 millions le lendemain. Sur la semaine, les retraits atteignent 1,3 à 1,5 milliard de dollars. BlackRock IBIT, le leader du marché, a vu partir plus de 528 millions de dollars sur la seule journée du 30 janvier. Les ETF Ethereum ont également souffert avec 252,87 millions de dollars de sorties le même jour.
L’indice Fear & Greed du marché crypto est tombé à 18 (« Extreme Fear »), son plus bas niveau depuis plusieurs mois. Plus de 4 milliards de dollars de positions ont été liquidées sur le week-end, dont 93% de positions acheteuses. La capitalisation totale du marché crypto est passée sous les 2,70 trillions de dollars.
Malgré ce contexte de marché difficile, l’environnement réglementaire américain continue de s’améliorer. La SEC et la CFTC ont annoncé le 29 janvier le lancement de « Project Crypto », une initiative conjointe visant à harmoniser la réglementation des actifs numériques. L’agence a abandonné ses poursuites contre Coinbase, Binance et Kraken. En Europe, le règlement MiCA est pleinement en vigueur, avec une période de transition courant jusqu’au 1er juillet 2026.
L’or atteint un record historique avant une correction brutale
Les métaux précieux ont connu une semaine de volatilité extrême. L’or a établi un nouveau record absolu à 5 595 dollars l’once le 29 janvier, dépassant largement le précédent sommet de 4 795 dollars atteint en décembre 2025. Les facteurs haussiers se sont accumulés : tensions géopolitiques (Groenland, Iran, Venezuela), faiblesse du dollar (DXY au plus bas de 4 ans), et achats massifs des banques centrales estimés à 60 tonnes par mois.
Mais la nomination de Kevin Warsh à la Fed, perçue comme restrictive, a déclenché une vague de prises de bénéfices. L’or a chuté de 15 à 17% entre son pic et le 1er février, revenant vers 4 700 dollars avant un rebond partiel. L’argent a connu des mouvements encore plus violents : après avoir atteint un sommet autour de 122 dollars l’once, le métal blanc s’est effondré de 28% en deux jours.
Sur le marché pétrolier, les cours ont reculé malgré les tensions avec l’Iran. Le Brent s’est établi vers 64-65 dollars le baril, en baisse de 2 à 3% sur la semaine, tandis que le WTI oscillait autour de 62-64 dollars. L’ouverture de négociations entre les États-Unis et l’Iran a contribué à détendre les marchés, compensant les incertitudes liées à la capture de Maduro au Venezuela début janvier.
Le cuivre a également corrigé de 10 à 15% depuis ses records de mi-janvier (13 310 dollars la tonne), pénalisé par des prises de bénéfices après un rallye jugé spéculatif. Goldman Sachs estime que les prix s’étaient « détachés de la réalité », malgré une demande structurelle soutenue par l’intelligence artificielle (les data centers pourraient absorber 475 000 tonnes en 2026).
Le Livret A passe à 1,5%, les SCPI publient leurs rendements 2025
Le 1er février marque l’entrée en vigueur de la baisse du taux du Livret A à 1,5%, contre 1,7% précédemment. Le ministre de l’Économie Roland Lescure avait confirmé cette décision le 15 janvier, précisant qu’un « coup de pouce » avait été accordé par rapport à la formule de calcul (qui donnait 1,4%). Le Livret d’Épargne Populaire (LEP) passe à 2,5%, également supérieur au taux théorique de 1,9%.
L’encours du Livret A atteint un niveau record de 449,6 milliards d’euros fin décembre 2025, malgré une décollecte nette de 2,12 milliards sur l’année — première décollecte annuelle depuis 2015. Les épargnants se sont tournés vers l’assurance-vie, qui a enregistré une collecte nette de 44 milliards d’euros en 2025.
Les SCPI ont publié leurs rendements 2025 avec des performances contrastées. Iroko Zen affiche une performance globale annualisée de 8,13% (taux de distribution de 7,14% + hausse du prix de part de 0,99%), sa cinquième année consécutive au-dessus de l’objectif de 5,5%. Transitions Europe délivre 8,60%, Corum Origin 6,50%. À l’inverse, certaines SCPI anciennes ont subi des baisses de prix de parts significatives : LF Europimmo (-23,28%), Épargne Foncière (-19,76%), Primovie (-11,35%).
Les taux de crédit immobilier restent stables autour de 3,23-3,31% sur 20 ans, avec des meilleurs taux autour de 3%. Le marché immobilier résidentiel poursuit sa normalisation : les transactions ont atteint 929 000 en 2025 (+11%), avec des prix en hausse modérée de 1,6% en moyenne nationale.
PIB : la zone euro résiste mieux qu’attendu, la France ralentit
Les premières estimations du PIB du quatrième trimestre 2025, publiées le 30 janvier, montrent une résilience inattendue de l’économie européenne. La zone euro affiche une croissance trimestrielle de +0,3%, légèrement supérieure au consensus de 0,2%. Sur l’ensemble de l’année 2025, la croissance atteint +1,5%.
L’Espagne confirme son rôle de locomotive avec +0,8% au quatrième trimestre. L’Allemagne surprend favorablement avec +0,3%, tout comme l’Italie. La France, en revanche, ralentit à +0,2% après un troisième trimestre dynamique (+0,5%). Sur l’année 2025, la croissance française s’établit à +0,9%, contre 1,1% en 2024, pénalisée par l’incertitude budgétaire prolongée et les tensions commerciales internationales.
La consommation des ménages français a accéléré (+0,3% au T4) tandis que l’investissement s’est contracté (+0,2% contre +0,7% au T3). Le commerce extérieur a contribué positivement grâce à une chute des importations de 1,7%.
L’inflation en zone euro est revenue sous la cible de la BCE pour la première fois depuis mai 2025, à 1,9% en décembre. Le chômage a légèrement reflué à 6,2%. Les PMI de janvier signalent une poursuite de l’expansion modérée (composite à 51,5), avec un secteur manufacturier toujours en contraction (49,4) mais en amélioration.
Géopolitique : Ukraine, Iran et guerre commerciale
Les tensions géopolitiques restent élevées. En Ukraine, la Russie contrôle environ 20% du territoire, mais les gains territoriaux ont ralenti à 63 km² en janvier contre une moyenne de 171 km² par mois en 2025. Les infrastructures énergétiques ukrainiennes sont sévèrement dégradées : la capacité de production électrique est tombée à 14 GW contre 33,7 GW avant l’invasion.
Des négociations tripartites (États-Unis, Russie, Ukraine) sont prévues à Abu Dhabi début février. Selon Zelensky, un accord avec Trump serait « finalisé à 90-95% », portant sur un gel des lignes de front avec des garanties de sécurité pour Kiev.
Au Moyen-Orient, Israël et l’Iran se sont mutuellement assurés, via des canaux russes, de ne pas lancer d’attaque préventive. Les protestations massives en Iran depuis fin décembre, liées à l’effondrement économique, ajoutent une dimension d’instabilité interne.
Sur le front commercial, le taux tarifaire moyen effectif américain atteint 16,8%, son plus haut niveau depuis 1932. L’administration Trump a menacé puis retiré des tarifs de 10% sur huit pays européens après un accord sur le Groenland et l’Arctique le 21 janvier. Un accord commercial avec Taïwan a réduit les tarifs de 20% à 15%. Le Canada fait face à des menaces de tarifs de 100% suite à un accord avec la Chine sur les véhicules électriques.
Budget 2026 : adoption sous tension, fiscalité stable pour l’épargne
Le budget 2026 a été adopté le 23 janvier via l’article 49-3, puis rejeté par le Sénat le 29 janvier (motion de question préalable) avant une adoption définitive. Le déficit public visé s’établit à 5% du PIB, contre 5,4% en 2025.
Pour les particuliers, le barème de l’impôt sur le revenu a été revalorisé de 0,9% (pas de gel). La CSG sur certains placements non réglementés augmente de 9,2% à 10,6%. Les livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP) conservent leur exonération fiscale. Le PEL ouvert à partir du 1er janvier 2026 voit son taux fixé à 2%.
Pour les entreprises, la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises est prolongée (environ 7,5 milliards d’euros), tandis que la CVAE poursuit sa trajectoire de suppression prévue pour 2028.
Ce qu’il faut retenir pour l’investisseur particulier
Cette semaine illustre la complexité du contexte actuel pour les investisseurs. Le CAC 40 reste proche de ses plus hauts historiques malgré la correction du luxe, soutenu par les secteurs défense, énergie et banques. Wall Street a démontré sa capacité à franchir de nouveaux sommets, mais la volatilité des valeurs technologiques appelle à la prudence.
La politique monétaire entre dans une phase d’attentisme des deux côtés de l’Atlantique. Pour l’épargnant français, la baisse du Livret A à 1,5% reste attractive avec un rendement réel positif compte tenu de l’inflation (0,9% en 2025), mais invite à considérer des alternatives comme les SCPI performantes ou l’assurance-vie.
Les cryptomonnaies traversent une phase de correction sévère malgré un environnement réglementaire de plus en plus favorable. L’or, après ses records, a subi une correction technique qui pourrait offrir des points d’entrée pour les investisseurs de long terme — les analystes de JP Morgan visent 6 300 dollars l’once fin 2026.
La situation géopolitique reste le principal facteur d’incertitude, avec des négociations en cours sur l’Ukraine et des tensions persistantes au Moyen-Orient. La guerre commerciale américaine continue d’affecter les chaînes d’approvisionnement mondiales, avec un impact estimé par Bruegel à -0,25 point sur le PIB européen en 2026.